Introduction : Comprendre les mouvements de l'esprit
Dans les Yoga Sutras de Patanjali, le yoga est défini par l'une des affirmations les plus importantes de toute la tradition yogique :
Yogaś citta-vṛtti-nirodhaḥ
Cela signifie:
Le yoga est l'apaisement ou la maîtrise des fluctuations de l'esprit.
Voici le Yoga Sutra 1.2.
Mais pour bien comprendre cette définition, il nous faut poser une question importante :
Que sont exactement ces fluctuations de l'esprit ?
Patanjali répond à cette question par l'enseignement des cinq vrittis.
En philosophie yogique, les vrittis sont les mouvements, les modifications ou les schémas du champ mental. Ce sont les façons dont l'esprit change, interprète, imagine, se souvient, sait, comprend mal et même dort.
Les cinq vrittis sont :
- Pramana — connaissance correcte
- Viparyaya — connaissance incorrecte ou perception erronée
- Vikalpa — imagination ou conceptualisation
- Nidra — sommeil
- Smriti — mémoire
Ces cinq vrittis décrivent les principaux modes de fonctionnement de l'esprit.
Certaines vrittis peuvent sembler utiles. D’autres, nuisibles. D’autres encore, neutres. Mais le propos de Patanjali est plus profond : qu’elles soient agréables ou désagréables, justes ou inexactes, toutes les vrittis sont des mouvements de l’esprit.
Le yoga est la pratique qui consiste à reconnaître ces mouvements, à réduire l'identification à ces mouvements et, finalement, à se reposer dans la conscience qui les transcende.
Comprendre les cinq vrittis, c'est comprendre les mécanismes de l'esprit.
Que signifie « Vritti » ?
Le mot sanskrit vritti provient d'une racine signifiant tourner, pivoter, se déplacer ou modifier.
En philosophie du yoga, un vritti est une modification du chitta, le champ mental.
Chitta ne se limite pas à l'esprit pensant. Il englobe la pensée, la mémoire, l'émotion, la perception, l'imagination, le sens de l'ego et les impressions subconscientes.
Une vritti est toute onde qui apparaît dans ce champ intérieur.
Une pensée est un vritti.
Un souvenir est un vritti.
Un rêve est un vritti.
Une croyance est une vritti.
Un fantasme est un vritti.
La peur est une vritti.
Une idée correcte est aussi une vritti.
Même le sommeil est considéré comme un vritti.
C'est important car le yoga ne traite pas uniquement des pensées négatives.
Le yoga étudie l'ensemble des mouvements de l'esprit.
L'esprit peut être perturbé par une mauvaise compréhension, mais il peut aussi rester actif grâce à une connaissance correcte, à l'imagination, à la mémoire et à des impressions subtiles.
Le but du yoga n'est pas simplement de remplacer les mauvaises pensées par de bonnes. Cela peut être utile à un certain niveau, mais Patanjali va plus loin.
L'objectif plus profond est de reconnaître la conscience qui précède toute pensée.
Les cinq Vrittis des Yoga Sutras de Patanjali
Patanjali présente les cinq vrittis dans le Yoga Sutra 1.5 :
Vṛttayaḥ pañcatayyaḥ klisttākliṣṭāḥ
Une traduction simple est :
Les modifications de l'esprit sont quintuples, et elles sont soit douloureuses, soit non douloureuses.
Puis, dans le Yoga Sutra 1.6, il les énumère :
Pramāṇa-viparyaya-vikalpa-nidrā-smṛtayaḥ
Cela signifie:
La connaissance correcte, la connaissance incorrecte, l'imagination, le sommeil et la mémoire sont les cinq vrittis.
Cet enseignement intervient immédiatement après que Patanjali ait défini le yoga comme Chitta Vritti Nirodha.
L'ordre est important.
Tout d'abord, Patanjali nous explique le but du yoga : apaiser les fluctuations de l'esprit.
Ensuite, il nous explique en quoi consistent ces fluctuations.
Ensuite, il explique comment la pratique et le détachement permettent de les apaiser.
Les cinq vrittis ne sont pas des catégories aléatoires. Elles constituent une représentation précise du fonctionnement de l'esprit.
Klista et Aklista : Vrittis douloureuses et non douloureuses
Patanjali dit que les vrittis peuvent être klista ou aklista.
Klista signifie douloureux, affligé ou lié à la souffrance.
Aklista signifie non douloureux, non affligé ou ne produisant pas de souffrance.
Il s'agit d'une distinction importante.
Ce même type de mouvement mental peut soit nous entraver, soit nous aider, selon son fonctionnement.
Par exemple, les souvenirs peuvent être douloureux lorsqu'ils engendrent des regrets, des traumatismes, du ressentiment ou un attachement excessif. Mais ils peuvent aussi être utiles lorsqu'ils nous aident à apprendre, à étudier, à nous entraîner et à éviter de répéter les mêmes erreurs.
L'imagination peut engendrer de l'anxiété et des fantasmes, mais elle peut aussi favoriser la créativité, la visualisation et la contemplation spirituelle.
La connaissance correcte peut nous guider vers la vérité, mais l'attachement à la connaissance peut aussi devenir de l'ego.
Le problème ne se limite donc pas à savoir quel vritti apparaît.
La question plus profonde est :
Ce mouvement de l'esprit mène-t-il à l'asservissement ou à la clarté ?
Le yoga ne nous demande pas de haïr l'esprit. Il nous demande de le comprendre.
Explication des cinq Vrittis
Examinons maintenant chaque vritti en détail.
1. Pramana : Connaissance correcte
Pramana signifie connaissance correcte, cognition valide ou compréhension exacte.
C'est le premier vritti.
Cela peut paraître surprenant au premier abord. Pourquoi la connaissance correcte serait-elle considérée comme une fluctuation de l'esprit ?
Car même une connaissance correcte reste une modification mentale.
Cela peut être utile. Cela peut être nécessaire. Cela peut être indolore. Mais il s'agit tout de même d'un phénomène se produisant dans le champ mental.
Patanjali ne rejette pas la connaissance correcte. En réalité, la connaissance correcte est essentielle à la pratique. Mais le yoga transcende toute activité mentale, même une activité mentale précise.
Les trois sources de la connaissance correcte
Dans le Yoga Sutra 1.7, Patanjali affirme que le Pramana provient de trois sources :
- Pratyaksha - perception directe
- Anumana — inférence
- Agama ou Shabda — témoignage fiable
Voici les trois manières dont se forme la connaissance correcte.
Pratyaksha : Perception directe
Pratyaksha signifie perception directe.
Il s'agit d'un savoir acquis par l'expérience directe.
Par exemple:
Vous voyez le soleil se lever.
Vous sentez la chaleur du feu.
Vous entendez un son.
Vous percevez une saveur sucrée.
Vous sentez votre corps s'étirer en asana.
Il s'agit d'une perception directe.
Mais même la perception directe peut être limitée car les sens sont limités.
Il se peut que vous aperceviez une corde dans la pénombre et la confondiez avec un serpent. Dans ce cas, la perception est erronée. Pour que la perception devienne Pramana, elle doit être exacte.
Le yoga valorise l'expérience directe, mais il reconnaît également que la perception non entraînée peut être déformée par la peur, le désir, la mémoire et le conditionnement.
Anumana : Inférence
Anumana signifie inférence ou raisonnement.
Il s'agit d'une connaissance acquise par déduction logique.
Par exemple:
Vous voyez de la fumée et vous en déduisez qu'il y a du feu.
Vous voyez des nuages noirs et vous en déduisez qu'il pourrait pleuvoir.
Vous ressentez des douleurs répétées après un certain mouvement et en déduisez que ce mouvement n'est peut-être pas approprié.
Vous constatez que l'esprit s'apaise après le pranayama et vous en déduisez un lien entre la respiration et l'état mental.
L'inférence est importante car nous ne pouvons pas tout percevoir directement.
Mais le raisonnement doit être rigoureux. S'il repose sur des informations incomplètes ou des biais émotionnels, il risque de devenir Viparyaya, une connaissance erronée.
Agama ou Shabda : témoignage fiable
Agama ou Shabda signifie témoignage fiable, autorité scripturaire ou instruction digne de confiance.
En yoga, cela peut inclure des enseignements tirés des écritures, de maîtres réalisés ou de traditions valides.
Par exemple, un étudiant peut ne pas avoir encore fait l'expérience directe de la méditation profonde, mais il peut recevoir des conseils des Yoga Sutras, de la Bhagavad Gita, des Upanishads ou d'un enseignant qualifié.
Ce type de connaissances peut guider la pratique jusqu'à ce que l'expérience directe se développe.
Mais le yoga n'exige pas une foi aveugle.
Un témoignage fiable doit être mis à l'épreuve par la pratique, le raisonnement et l'expérience.
Un enseignement ne prend vie que lorsqu'il est vérifié dans le laboratoire de sa propre vie.
Pramana dans la vie quotidienne
Pramana est nécessaire à une vie intelligente.
Nous avons besoin de connaissances correctes pour prendre des décisions, enseigner le yoga en toute sécurité, comprendre le corps, étudier la philosophie et vivre de manière responsable.
Par exemple:
Savoir que la respiration affecte le système nerveux peut faciliter la pratique du pranayama.
Savoir faire la différence entre douleur et inconfort peut protéger le corps dans les asanas.
La connaissance du sens de l'ahimsa peut guider une action éthique.
Savoir que les pensées ne sont pas le Soi peut favoriser la méditation.
Un savoir correct est utile.
Mais Patanjali l'appelle toujours vritti car ce n'est pas l'état final du yoga.
Même la connaissance correcte appartient à l'esprit.
Le Soi est au-delà de la connaissance mentale.
La limite de la connaissance correcte
Le danger du Pramana réside dans l'attachement au savoir.
Une personne peut étudier la philosophie du yoga en profondeur et devenir orgueilleuse, querelleuse ou rigide.
Ils connaissent peut-être les termes sanskrits, mais ils manquent d'humilité.
Ils peuvent citer les Écritures, mais restent réactifs.
Ils peuvent comprendre intellectuellement le détachement, mais être attachés à l'image de sagesse qu'ils projettent.
C’est pourquoi le yoga requiert de la pratique, et pas seulement des connaissances.
La connaissance correcte doit mener à la clarté, et non à l'ego.
Si la connaissance accroît l'humilité, le discernement et la pratique, elle est utile.
Si le savoir accroît l'orgueil, l'identité et les débats, il devient une autre forme d'asservissement.
2. Viparyaya : Connaissance incorrecte ou perception erronée
Viparyaya signifie connaissance incorrecte, perception erronée, malentendu ou perception erronée.
C'est le deuxième vritti.
Patanjali définit le Viparyaya dans le Yoga Sutra 1.8 comme une connaissance fausse qui n'est pas basée sur la véritable nature de l'objet.
En termes simples :
Viparyaya voit quelque chose de manière erronée et le croit vrai.
Il s'agit là d'un des mouvements de l'esprit les plus courants.
L'esprit ne se contente pas de percevoir la réalité. Il l'interprète.
Et souvent, elle interprète les choses à travers la peur, la mémoire, le désir, les traumatismes, l'ego, les habitudes et le conditionnement.
Exemples de Viparyaya
Viparyaya se manifeste de manière simple et complexe.
Vous confondez une corde avec un serpent.
Vous supposez que quelqu'un est en colère parce qu'il a répondu brièvement.
Vous pensez que l'échec signifie que vous ne valez rien.
Vous pensez que la critique signifie le rejet.
Vous confondez l'attirance physique avec l'amour.
Vous confondez confort et paix.
Vous confondez l'approbation sociale et l'estime de soi.
Vous confondez l'apparence spirituelle avec la profondeur spirituelle.
Dans chaque cas, l'esprit aboutit à une fausse conclusion.
La souffrance ne provient pas seulement de la situation, mais aussi d'une mauvaise interprétation.
Viparyaya et l'ego
Viparyaya protège souvent l'ego.
Si quelqu'un n'est pas d'accord avec nous, l'ego peut l'interpréter comme un manque de respect.
Si quelqu'un réussit, l'ego peut l'interpréter comme une menace.
Si nous commettons une erreur, l'ego peut l'interpréter comme un échec personnel.
Si quelqu'un donne son avis, l'ego peut l'interpréter comme une attaque.
L'événement en lui-même peut être neutre ou utile. Mais l'esprit le déforme.
C’est pourquoi l’auto-apprentissage est essentiel.
Sans svadhyaya, nous croyons à toutes les interprétations de l'esprit.
L’auto-apprentissage nous amène à nous poser les questions suivantes :
Est-ce vrai, ou est-ce mon conditionnement ?
Viparyaya et Avidya
Viparyaya est étroitement liée à Avidya, la racine Klesha.
Avidya est une perception erronée fondamentale. Viparyaya est une expression de cette perception erronée au sein de l'esprit.
L'avidya nous fait confondre l'impermanent avec le permanent, le non-Soi avec le Soi, et la souffrance avec le bonheur.
Viparyaya apparaît chaque fois que cette vision erronée se transforme en une pensée, une croyance ou une conclusion spécifique.
Par exemple:
Avidya dit : « Je suis le corps et l'esprit. »
Viparyaya déclare : « Si mon corps change, je me perds moi-même. »
Avidya déclare : « Le succès extérieur me comblera. »
Viparyaya déclare : « Si j'échoue, ma vie n'a aucune valeur. »
Avidya dit : « Le plaisir est un bonheur permanent. »
Viparyaya déclare : « Si j'obtiens cet objet, je serai enfin comblé pour toujours. »
Le yoga agit en corrigeant les perceptions erronées par la prise de conscience, la pratique et le discernement.
Comment travailler avec Viparyaya
La première étape consiste à faire une pause avant de croire son esprit.
Lorsqu'une interprétation forte se dégage, demandez-vous :
Quels sont les faits ?
Quelle histoire mon esprit est-il en train d'inventer ?
Cette perception est-elle façonnée par la peur ?
Cette réaction est-elle basée sur la mémoire ?
Pourrait-il y avoir une autre explication ?
Est-ce que je vois clair, ou est-ce que je défends mon ego ?
Ce genre de questionnement n'est pas de la suranalyse. C'est du discernement.
L'esprit yogique ne croit pas automatiquement à toutes les pensées.
Elle observe, enquête et revient à la clarté.
3. Vikalpa : Imagination ou conceptualisation
Vikalpa est le troisième vritti.
On le traduit souvent par imagination, conceptualisation, fantaisie ou délire verbal.
Patanjali définit le Vikalpa dans le Yoga Sutra 1.9 comme une connaissance basée sur des mots sans réalité correspondante.
En termes simples :
Vikalpa est une construction mentale.
C'est l'esprit qui crée des idées, des images, des histoires, des possibilités, des peurs, des fantasmes, des étiquettes et des concepts qui peuvent ne pas être ancrés dans la réalité.
Vikalpa et le pouvoir des mots
Les êtres humains ne vivent pas seulement dans l'expérience directe. Nous vivons aussi à l'intérieur du langage.
Les mots façonnent la perception.
Un mot peut susciter une émotion même lorsqu'il ne se passe rien d'extérieur.
Par exemple, pensez au mot « échec ».
L'esprit peut alors créer immédiatement des images, des souvenirs, des peurs et des sensations.
Pensez au mot « succès ».
L'esprit peut engendrer le désir, la comparaison, l'ambition ou la pression.
Pensez à la « mort », à « l’amour », à « l’avenir », à « l’argent », au « rejet », à la « liberté » ou à la « spiritualité ».
Chaque mot peut créer un monde entier dans l'esprit.
Voici Vikalpa.
Le mot peut ne pas correspondre à la réalité présente, mais l'esprit réagit comme s'il y correspondait.
Vikalpa et anxiété
Vikalpa est très actif dans l'anxiété.
L'anxiété dépend souvent d'avenirs imaginés.
« Et si j’échoue ? »
« Et s’ils partent ? »
« Et si je tombe malade ? »
« Et si je suis jugé ? »
« Et si quelque chose tourne mal ? »
« Et si je perdais tout ? »
Aucun de ces événements ne se produit peut-être actuellement.
Mais le corps réagit comme si l'événement imaginé était réel.
Voici le pouvoir du Vikalpa.
L'esprit crée une image mentale, et le système nerveux réagit.
Le yoga aide en ramenant la conscience à l'expérience directe :
Que se passe-t-il maintenant ?
Où est le souffle ?
Quelle sensation est présente ?
Est-ce la réalité ou l'imagination ?
Puis-je observer la pensée sans devenir elle ?
Cela ne signifie pas que toute planification future est mauvaise. Planifier est pratique. Mais l'imagination compulsive engendre la souffrance.
Vikalpa et imagination spirituelle
Vikalpa peut également apparaître dans la pratique spirituelle.
Un praticien peut s'imaginer plus avancé qu'il ne l'est réellement.
Ils peuvent se forger des fantasmes d'illumination.
Ils peuvent confondre les expériences émotionnelles avec la prise de conscience.
Ils peuvent construire une identité spirituelle à travers des concepts.
Ils peuvent parler du Soi sans faire l'expérience directe du calme intérieur.
C’est pourquoi Patanjali insiste sur la pratique et la réalisation directe.
Les concepts peuvent indiquer une vérité, mais les concepts ne sont pas la vérité elle-même.
Le mot « eau » n’étanche pas la soif.
L'idée de méditation n'est pas la méditation.
Le concept de libération n'est pas la libération.
Le yoga exige de passer de l'imagination à l'expérience directe.
Vikalpa comme créativité
Vikalpa n'est pas toujours négatif.
L'imagination peut être créative et utile.
Elle permet l'art, la poésie, l'enseignement, la planification, la visualisation, la compréhension symbolique et la réflexion philosophique.
Le problème commence lorsque l'imagination remplace la réalité.
Un praticien conscient peut utiliser son imagination avec habileté sans s'y perdre.
Par exemple, la visualisation guidée peut favoriser la relaxation. Une métaphore peut aider à expliquer une philosophie. Un mantra peut utiliser le son et le sens pour diriger l'attention.
Vikalpa peut donc être klista ou aklista.
Elle peut contraindre ou soutenir la pratique.
La clé, c'est la prise de conscience.
4. Nidra : Sommeil
Nidra signifie sommeil.
C'est le quatrième vritti.
De prime abord, il peut paraître étrange que le sommeil soit considéré comme une modification de l'état mental. Beaucoup pensent que l'esprit est absent pendant le sommeil. Mais Patanjali inclut le Nidra car le sommeil laisse aussi une empreinte sur l'esprit.
Dans le Yoga Sutra 1.10, Patanjali définit Nidra comme une vritti basée sur l'absence de contenu mental.
En termes simples :
Le sommeil est un état mental dans lequel l'esprit fait l'expérience de l'absence des objets ordinaires de l'éveil.
Il peut n'y avoir ni pensées actives, ni perception sensorielle, ni conscience de soi claire, mais l'esprit demeure dans un état particulier.
Nous savons que nous avons dormi parce que nous nous souvenons de cette expérience par la suite :
« J’ai bien dormi. »
« J’ai mal dormi. »
« J’étais profondément endormi. »
« J’ai eu un sommeil perturbé. »
Cela signifie que le sommeil laisse une empreinte.
Pourquoi le sommeil est un Vritti
Le sommeil n'est pas la même chose que le yoga.
C'est important.
Une personne pourrait dire : « Quand je dors, mon esprit est calme. Est-ce cela, le yoga ? »
Non.
Pendant le sommeil profond, les fluctuations mentales ordinaires peuvent être absentes, mais la conscience n'est pas non plus présente de manière consciente chez la plupart des gens.
Le yoga n'est pas un état de vide inconscient.
Le yoga est une immobilité consciente.
Nidra est un état de l'esprit. Samadhi est un état d'absorption éveillée.
Ils ne sont pas identiques.
Le sommeil peut rafraîchir le corps et l'esprit, mais il n'élimine pas nécessairement l'ignorance.
Une personne peut dormir pendant des heures et se réveiller avec le même ego, le même attachement, la même peur et la même confusion.
Le yoga requiert une prise de conscience.
Nidra et la qualité de l'esprit
Le sommeil est profondément lié à l'état de l'esprit.
Un esprit perturbé engendre souvent un sommeil perturbé.
Un mode de vie agité engendre un sommeil agité.
Les émotions non résolues peuvent se manifester dans les rêves.
La peur et l'anxiété peuvent affecter la qualité du sommeil.
Une stimulation excessive peut rendre le sommeil superficiel.
Ainsi, Nidra reflète l'état de chitta.
Un mode de vie yogique favorise un meilleur sommeil grâce à la modération, la régulation de la respiration, la discipline sensorielle et la clarté mentale.
Mais le but du yoga ne se limite pas à un meilleur sommeil. Un meilleur sommeil est un bienfait. L'objectif plus profond est l'éveil de la conscience.
Yoga Nidra et Nidra Vritti
Le Yoga Nidra est une pratique yogique puissante, mais il ne faut pas la confondre avec le sommeil ordinaire.
Nidra signifie sommeil.
Le Yoga Nidra signifie sommeil yogique ou relaxation profonde consciente.
Dans le Yoga Nidra, le corps peut se détendre profondément, mais la conscience est maintenue.
Le praticien se rapproche de la frontière entre l'éveil et le sommeil tout en restant conscient.
Cela peut contribuer à réduire le stress, à relâcher les tensions et à observer les subtilités de l'esprit.
Le sommeil ordinaire est principalement inconscient.
Le Yoga Nidra développe la conscience dans un état de relaxation profonde.
C’est pourquoi le Yoga Nidra peut devenir un pont entre le repos et la méditation.
5. Smriti : Mémoire
Smriti signifie mémoire.
C'est le cinquième vritti.
Patanjali définit la Smriti dans le Yoga Sutra 1.11 comme la rétention des objets expérimentés.
En termes simples :
La mémoire est la capacité de l’esprit à conserver et à se remémorer les expériences passées.
La mémoire est nécessaire à la vie.
Sans mémoire, nous ne pourrions ni apprendre le langage, ni reconnaître les gens, ni étudier le yoga, ni nous souvenir des enseignements, ni éviter le danger, ni développer de compétences.
Mais la mémoire peut aussi enchaîner l'esprit.
Lorsque la mémoire devient une identification inconsciente, elle engendre la souffrance.
Comment la mémoire façonne la perception
Nous percevons rarement le moment présent dans sa globalité.
Le plus souvent, nous percevons le présent à travers nos souvenirs.
Une personne parle d'un certain ton, et nous nous souvenons de quelqu'un du passé.
La situation semble incertaine et nous nous souvenons d'échecs antérieurs.
La relation devient intime et de vieilles blessures refont surface.
Un professeur corrige le professeur, et la honte de l'enfance ressurgit.
Adopter une posture difficile est compliqué, et le souvenir d'une blessure passée engendre la peur.
Le présent se trouve teinté par le passé.
Il s'agit de Smriti fonctionnant comme une vritti.
La mémoire n'est pas qu'un simple stockage. Elle façonne activement la perception.
Smriti et identité
La mémoire crée l’histoire du « moi ».
Mon enfance.
Mes réalisations.
Mes échecs.
Ma douleur.
Mes relations.
Ma culture.
Ma profession.
Mes traumatismes.
Mes convictions.
Mon cheminement spirituel.
Ces souvenirs sont peut-être réels à un certain niveau, mais le yoga demande :
N'êtes-vous que vos souvenirs ?
Si vous vous identifiez complètement à vos souvenirs, vous restez prisonnier du passé.
L'esprit dit :
« Ceci m’est arrivé, donc je suis ainsi. »
« J’ai échoué auparavant, donc je ne peux pas progresser. »
« J’ai été blessé, donc je ne peux pas faire confiance. »
« J’ai réussi par le passé, je dois donc préserver cette image. »
« J’ai vécu une expérience spirituelle, c’est pourquoi je suis plus avancé spirituellement. »
La mémoire devient identité.
Le yoga n'efface pas la mémoire. Il libère la conscience de l'emprisonnement par la mémoire.
Smriti et schémas émotionnels
De nombreuses réactions émotionnelles sont liées à la mémoire.
Parfois, la réaction est bien plus importante que la situation présente. Cela signifie souvent que le présent a réveillé une vieille impression.
Par exemple:
Une petite critique engendre une honte intense.
Un retard engendre une forte colère.
Un désaccord engendre la peur de l'abandon.
Une erreur provoque la panique.
Le succès engendre une pression pour préserver son image.
L'événement présent n'en est qu'une partie. La mémoire ajoute le reste.
C’est pourquoi la méditation peut être inconfortable au début. Lorsque l’esprit s’apaise, de vieux souvenirs et impressions peuvent refaire surface.
Ce n'est pas un échec. C'est une purification.
L'exercice consiste à être témoin du souvenir sans s'y perdre.
Comment le yoga fonctionne avec la Smriti
Le yoga agit sur la mémoire par le biais de la conscience, de l'introspection, de la respiration, de la méditation et de la non-identification.
Lorsqu'un souvenir surgit, le praticien apprend à observer :
Ceci est un souvenir.
Il s'agit d'une impression mentale.
Cela n'arrive pas actuellement.
Cela se perçoit par la prise de conscience.
Je suis le témoin de ce souvenir.
Cela ne signifie pas nier le passé.
Cela signifie voir le passé clairement sans le laisser dominer le présent.
La Smriti devient moins contraignante lorsque la conscience devient plus forte que l'identification.
Comment les cinq Vrittis façonnent l'expérience humaine
Les cinq vrittis façonnent constamment notre expérience.
Pramana nous aide à comprendre correctement.
Viparyaya provoque des malentendus.
Vikalpa crée des mondes imaginaires et conceptuels.
Nidra crée l'expérience du sommeil et de l'absence.
Smriti fait entrer le passé dans le présent.
Presque tout ce que nous vivons mentalement entre dans une ou plusieurs de ces catégories.
Par exemple, supposons que quelqu'un ne réponde pas à votre message.
Pramana pourrait dire : « Il n'y a pas encore de réponse. »
Viparyaya pourrait dire : « Ils m’ignorent. »
Vikalpa peut imaginer un futur rejet.
Smriti peut faire ressurgir des souvenirs d'abandon passés.
Nidra pourrait plus tard être perturbée par ce mouvement mental non résolu.
Un seul événement simple peut activer plusieurs vrittis.
C’est ainsi que l’esprit crée la souffrance à partir d’informations limitées.
Le yoga nous aide à ralentir ce processus et à le voir plus clairement.
Vrittis et les Kleshas
Les vrittis sont étroitement liés aux Kleshas.
Les Kleshas sont les afflictions les plus profondes : l'ignorance, l'égoïsme, l'attachement, l'aversion et la peur.
Les vrittis sont les mouvements de l'esprit.
Les Kleshas alimentent souvent les vrittis.
Par exemple:
L'avidité engendre une compréhension erronée.
Asmita personnalise tout.
Le raga suscite des pensées de désir.
Dvesha crée des pensées de résistance.
Abhinivesha engendre des pensées de peur.
Ceux-ci apparaissent alors comme Pramana, Viparyaya, Vikalpa, Nidra et Smriti.
Un souvenir peut être douloureux car il est lié à un attachement.
L'imagination peut être effrayante car elle est liée à la peur.
Une perception erronée peut survenir car l'ego se sent menacé.
Même une connaissance correcte peut devenir égoïste si Asmita s'y attache.
C’est pourquoi le yoga agit à deux niveaux : les mouvements superficiels et les racines plus profondes.
Vrittis et Chitta Vritti Nirodha
L'enseignement des cinq vrittis explique directement Chitta Vritti Nirodha.
Chitta est le champ mental.
Vritti est le mouvement de ce champ.
Nirodha est l'apaisement, la régulation ou la maîtrise de ces mouvements.
Ainsi, lorsque Patanjali dit que le yoga est Chitta Vritti Nirodha, il ne parle pas vaguement.
Il dit que le yoga est l'apaisement de Pramana, Viparyaya, Vikalpa, Nidra et Smriti.
Cela ne signifie pas que le praticien devient incapable de penser, de savoir, d'imaginer, de dormir ou de se souvenir.
Cela signifie que ces fonctions ne dominent plus la conscience.
L'esprit devient un instrument précis plutôt qu'un maître agité.
Des pensées peuvent surgir, mais le praticien ne se perd pas dans ses pensées.
Les souvenirs peuvent surgir, mais le praticien n'est pas prisonnier de ses souvenirs.
L'imagination peut surgir, mais le praticien n'est pas trompé par elle.
La connaissance peut émerger, mais le praticien n'y est pas attaché de manière égotique.
Le sommeil peut venir, mais le pratiquant continue de cultiver sa conscience.
C'est la maîtrise de l'esprit.
Tous les Vrittis sont-ils mauvais ?
Non. Il s'agit d'un malentendu courant.
Les vrittis ne sont pas tous mauvais.
Le pramana est nécessaire à une bonne compréhension.
Vikalpa peut favoriser la créativité.
Smriti permet l'apprentissage.
Nidra favorise le repos.
Le simple fait de reconnaître Viparyaya contribue à corriger les malentendus.
Le problème n'est pas que l'esprit fonctionne.
Le problème réside dans l'identification.
Lorsque nous nous identifions aux vrittis, nous devenons liés à elles.
Au lieu de dire « Une pensée me vient », nous disons « C’est moi ».
Au lieu de dire : « Un souvenir surgit », nous disons : « Je suis mon passé. »
Au lieu de dire : « L’imagination est en train de naître », nous disons : « Cette peur est la réalité. »
Au lieu de dire : « L’esprit possède la connaissance », nous disons : « Je suis supérieur parce que je sais. »
Le yoga ne détruit pas l'esprit.
Le yoga nous libère de l'identification inconsciente à l'esprit.
La métaphore du lac : comprendre Vrittis simplement
Une manière traditionnelle de comprendre les vrittis est à travers l'image d'un lac.
Imaginez l'esprit comme un lac.
Lorsque la surface du lac est agitée par les vagues, on ne distingue pas clairement le fond. Le reflet du ciel est également déformé.
Les vagues sont les vrittis.
Lorsque les vagues se calment, le lac devient limpide. Il reflète fidèlement la réalité. On peut en voir les profondeurs.
De même, lorsque l'esprit est en proie à de nombreuses fluctuations, la perception est déformée.
Nous ne percevons pas la réalité telle qu'elle est. Nous la percevons à travers le prisme de la pensée, de la mémoire, de la peur, de l'attachement, de l'imagination et de l'ego.
Lorsque les vrittis se dissipent, la conscience devient claire.
Cette clarté, c'est le yoga.
Comment observer les cinq Vrittis en pratique
Les cinq vrittis peuvent être observés directement en méditation et dans la vie quotidienne.
Asseyez-vous tranquillement et observez votre esprit.
Une pensée fondée sur des faits peut surgir. C'est le Pramana.
Une hypothèse erronée peut survenir. C'est le cas de Viparyaya.
Un futur fantasmé ou imaginé peut surgir. C'est le Vikalpa.
Une sensation de léthargie ou de somnolence peut survenir. Cela est lié à Nidra.
Un événement passé peut ressurgir. C'est la Smriti.
Au lieu de les combattre, étiquetez-les avec douceur.
"Connaissance."
« Mauvaise perception. »
« Imaginer. »
"Envie de dormir."
« Se souvenir. »
Puis, revenez à votre respiration ou à l'objet de méditation choisi.
Cette simple pratique permet de créer de la distance.
On commence à comprendre que l'esprit produit des mouvements, mais que la conscience les observe.
Cette reconnaissance est puissante.
Pratiques qui aident à calmer les Vrittis
Patanjali énonce deux principes majeurs pour calmer les vrittis :
Abhyasa et Vairagya.
Abhyasa signifie pratique régulière.
Vairagya signifie non-attachement ou détachement.
Ensemble, ils sont essentiels.
La pratique permet à l'esprit de se stabiliser.
Le détachement empêche l'esprit de s'accrocher à ses mouvements.
Abhyasa : Pratique régulière
Abhyasa signifie un effort constant vers la stabilité.
Il comprend :
- asanas quotidiens
- conscience de la respiration
- Pranayama
- Méditation
- Mantra
- Vivre de manière éthique
- Autoformation
- Revenir sans cesse à la conscience
L'esprit est agité depuis de nombreuses années. On ne peut le maîtriser par une inspiration ponctuelle.
L'abhyasa développe la force intérieure.
À chaque fois que vous revenez de la distraction à la pleine conscience, votre esprit devient légèrement plus entraîné.
C’est pourquoi la régularité compte plus que l’intensité.
Vairagya : Non-attachement
Vairagya signifie la libération du désir et de l'attachement.
Cela ne signifie pas rejeter la vie ni devenir insensible. Cela signifie que l'esprit n'est pas esclave du désir, de la mémoire, de l'imagination ou de l'identité.
Sans Vairagya, même la pratique peut devenir un autre attachement.
Une personne peut s'attacher au progrès, aux expériences, à la flexibilité, à la reconnaissance, à la pureté ou à l'identité spirituelle.
Vairagya maintient la pratique propre.
Il enseigne :
Laissez les pensées surgir et disparaître.
Laissez les souvenirs surgir et disparaître.
Laissez les expériences survenir et passer.
Que les louanges et les critiques surgissent et disparaissent.
Laissez le plaisir et le malaise apparaître et disparaître.
Restez imperturbable en tant que témoin.
Voici comment les vrittis perdent de la puissance.
Asana et les Vrittis
Les asanas aident à calmer les vrittis en ramenant l'attention au corps.
Pratiquée correctement, l'asana révèle l'esprit.
Dans une posture donnée, vous pouvez remarquer :
Comparaison
Impatience
Peur
Ambition
Résistance
Jugement
Mémoire
Distraction
Attachement aux résultats
Ce sont des vrittis qui apparaissent pendant la pratique physique.
Si vous ne vous entraînez que pour la forme, vous risquez de passer à côté de l'essentiel. Mais si vous pratiquez en pleine conscience, la posture devient un miroir.
L'objectif n'est pas seulement de rendre le corps souple.
L'objectif est de rendre l'esprit observable.
Les asanas stabilisent le corps afin que l'esprit puisse se stabiliser.
Pranayama et les Vrittis
La respiration et l'esprit sont étroitement liés.
Lorsque l'esprit est perturbé, la respiration devient irrégulière.
Lorsque la respiration se régularise, l'esprit commence à s'apaiser.
Le pranayama contribue à réduire la force des vrittis en régulant le prana, l'énergie vitale.
Des pratiques telles que Nadi Shodhana, Bhramari, Ujjayi et la simple conscience de la respiration peuvent aider à calmer l'agitation mentale et à préparer l'esprit à la méditation.
Pour de nombreux praticiens, travailler sur la respiration est plus facile que de travailler directement sur les pensées.
La respiration devient un pont entre le corps et l'esprit.
Méditation et Vrittis
La méditation est l'observation directe des vrittis.
Lorsque vous vous asseyez pour méditer, vous commencez à vous rendre compte à quel point l'esprit est actif.
Cela peut surprendre. Beaucoup de débutants pensent que la méditation consiste à créer des pensées. En réalité, la méditation révèle les pensées qui étaient déjà présentes.
En méditation :
Pramana peut apparaître comme une analyse.
Viparyaya peut sembler être des hypothèses erronées.
Vikalpa peut se manifester sous forme de fantasmes ou d'anxiété.
Nidra peut se manifester par un sentiment de léthargie ou de somnolence.
La Smriti peut apparaître sous forme de souvenir.
La pratique consiste à ne pas haïr ces mouvements.
La pratique consiste à en être témoin et à revenir.
Avec le temps, les vrittis s'atténuent. Un espace plus grand apparaît entre la conscience et la pensée.
C'est le début de la liberté intérieure.
La différence entre la suppression et le nirodha
Il est important de comprendre que Nirodha ne signifie pas répression violente.
La suppression consiste à repousser les pensées par la force.
Cela crée souvent davantage de tensions.
Nirodha signifie l'apaisement, la stabilisation, la régulation ou la maîtrise de l'esprit.
Un esprit refoulé peut paraître calme extérieurement, mais rester agité intérieurement.
Un esprit véritablement stable ne se force pas. Il est clair, équilibré et éveillé.
Le yoga ne nous demande pas de lutter contre l'esprit.
Elle nous invite à entraîner notre esprit jusqu'à ce qu'il devienne transparent.
Vrittis dans la vie moderne
La vie moderne stimule constamment les vrittis.
Pramana est surchargée d'informations.
Viparyaya se propage par le biais de suppositions et de désinformation.
Vikalpa est exacerbée par l'anxiété, les médias et les futurs imaginés.
Nidra est perturbée par les écrans, le stress et les habitudes irrégulières.
La Smriti est constamment déclenchée par des images, des messages et des associations émotionnelles.
L'esprit connaît rarement le silence.
Notifications, comparaisons, pression de la productivité, divertissement et choix infinis font avancer le chitta.
C’est pourquoi l’enseignement des vrittis est si pertinent aujourd’hui.
Patanjali pose un diagnostic intemporel :
L'esprit non entraîné est agité.
Le yoga apporte la solution :
Entraînez votre attention. Affinez votre perception. Réduisez l'identification. Retournez à la conscience.
Vrittis et formation de professeur de yoga
Pour les professeurs de yoga, la compréhension des vrittis est essentielle.
Un enseignant n'enseigne pas seulement des postures. Un enseignant travaille avec des êtres humains dont l'esprit est riche de perceptions, de perceptions erronées, d'imagination, de somnolence, de souvenirs, de peurs, d'attachements et d'identité.
Lors d'un cours de yoga, les élèves peuvent ressentir de nombreuses vrittis.
Un étudiant peut se comparer aux autres.
Un autre pourrait se souvenir d'une ancienne blessure.
Un autre peut imaginer l'échec.
Une autre personne pourrait mal interpréter une instruction.
Un autre peut s'endormir en se relaxant.
D'autres peuvent acquérir une compréhension correcte par la pratique.
Un professeur compétent comprend que le yoga n'est pas seulement un alignement physique, mais aussi une éducation mentale.
Enseigner le yoga, c'est aider les élèves à prendre davantage conscience de leur corps, de leur respiration, de leur esprit et de leurs schémas intérieurs.
Comment appliquer les cinq Vrittis dans la vie quotidienne
L'enseignement des cinq vrittis prend toute sa puissance lorsqu'il est appliqué en dehors de la pratique formelle.
Lorsque vous êtes contrarié, demandez-vous :
Est-ce cela, Pramana — une compréhension exacte ?
S'agit-il de Viparyaya — une perception erronée ?
Est-ce Vikalpa – l’imagination ?
S'agit-il de Smriti — un souvenir du passé ?
Mon esprit est-il terne, fatigué ou influencé par Nidra ?
Cette simple question peut éviter bien des réactions inutiles.
Par exemple, avant d'envoyer un message agressif, faites une pause.
Est-ce que je vois clair ?
Est-ce que je suppose ?
Est-ce que j'imagine des conséquences ?
Est-ce que je réagis en fonction de vieux souvenirs ?
Mon esprit est-il fatigué ?
Cette pause, c'est du yoga en action.
Le but n'est pas de devenir insensible. Le but est de devenir conscient.
Une pratique simple pour observer les Vrittis
Installez-vous confortablement pendant dix minutes.
Fermez les yeux.
Laissez votre respiration être naturelle.
Observez l'esprit sans chercher à le contrôler.
Lorsqu'une pensée surgit, identifiez-en doucement le type :
Connaissance correcte — Pramana
Fausse hypothèse — Viparyaya
L'imagination — Vikalpa
Somnolence ou absence de sensation — Nidra
Mémoire — Smriti
Après l'avoir étiqueté doucement, revenez à votre respiration.
Ne jugez pas l'esprit.
N'essayez pas de tout arrêter par la force.
Il suffit d'observer.
Cette pratique développe la conscience témoin. Avec le temps, on commence à percevoir les vrittis comme des objets de conscience.
Ils vont et viennent.
Vous êtes la conscience dans laquelle ils apparaissent.
Le but plus profond : Se reposer en tant que voyant
Après avoir défini le yoga comme Chitta Vritti Nirodha, Patanjali dit dans Yoga Sutra 1.3 :
Tadā draṣṭuḥ svarupe avasthānam
Cela signifie:
Alors le voyant repose dans sa véritable nature.
C’est là le but plus profond de l’apaisement des vrittis.
Lorsque l'esprit est en perpétuel mouvement, le voyant semble se fondre avec lui.
Nous pensons être nos pensées.
Nous pensons être nos souvenirs.
Nous pensons être le fruit de notre imagination.
Nous pensons que nous sommes notre savoir.
Nous pensons que nous sommes définis par notre somnolence, notre apathie, notre peur et notre identité.
Mais lorsque les vrittis se dissipent, le voyant se reconnaît.
La conscience est libre des mouvements de l'esprit.
Il ne s'agit pas simplement de paix mentale. Il s'agit de clarté spirituelle.
Idées fausses courantes concernant les cinq Vrittis
1. Les Vrittis ne sont pas seulement des pensées négatives
Les vrittis comprennent la connaissance correcte, la mémoire, le sommeil, l'imagination et la perception erronée. Certaines sont utiles, mais toutes restent des mouvements de l'esprit.
2. Pramana est utile mais reste une vritti
Le savoir correct est précieux, mais il reste du domaine de l'esprit. Le yoga transcende la connaissance mentale pour atteindre une réalisation directe.
3. L'imagination n'est pas toujours mauvaise
Le vikalpa peut engendrer anxiété et fantaisie, mais il peut aussi favoriser la créativité, l'enseignement et la compréhension symbolique lorsqu'il est utilisé consciemment.
4. Le sommeil n'est pas la même chose que la méditation
Le sommeil peut apaiser l'esprit temporairement, mais il est généralement inconscient. La méditation, quant à elle, est une conscience éveillée.
5. La mémoire n'est pas l'ennemie
La mémoire est nécessaire à l'apprentissage, mais l'identification à la mémoire crée une servitude.
6. Nirodha ne signifie pas suppression
Le yoga n'enseigne pas la répression violente des pensées. Il enseigne une pratique constante, le détachement et l'apaisement naturel de l'esprit.
7. Le but n'est pas de détruire l'esprit
L'objectif est de ne plus être inconsciemment gouverné par le mental. Un mental entraîné devient un instrument précis.
Conclusion : Les cinq Vrittis révèlent comment fonctionne l'esprit
Les cinq vrittis constituent l'un des enseignements les plus importants de la philosophie du yoga car ils expliquent le fonctionnement de l'esprit.
Ils sont:
Pramana — connaissance correcte
Viparyaya — connaissance erronée
Vikalpa — l'imagination
Nidra — sommeil
Smriti — mémoire
Ensemble, ces cinq catégories décrivent les mouvements du chitta, le champ mental.
Le yoga commence lorsque nous cessons de nous identifier complètement à ces mouvements.
Une pensée peut surgir, mais nous ne sommes pas obligés de la devenir.
Un souvenir peut surgir, mais nous ne sommes pas obligés d'y vivre.
Une idée peut surgir, mais nous ne sommes pas obligés d'y croire.
Une perception erronée peut survenir, mais nous pouvons la corriger.
La connaissance peut émerger, mais nous n'avons pas à la transformer en ego.
L'esprit devient un objet de conscience.
C'est le début de la liberté.
L’enseignement de Patanjali est simple mais profond :
Lorsque les vrittis sont actifs, le voyant s'identifie à l'esprit.
Lorsque les vrittis s'apaisent, le voyant repose dans sa véritable nature.
C'est le cœur du yoga.
FAQ sur les cinq Vrittis
Quelles sont les cinq vrittis dans la philosophie du yoga ?
Les cinq vrittis sont Pramana, Viparyaya, Vikalpa, Nidra et Smriti. Ils signifient connaissance correcte, connaissance incorrecte, imagination, sommeil et mémoire.
Que signifie vritti ?
Vritti signifie fluctuation, mouvement, modification ou schéma de l'esprit. Cela désigne tout changement ou activité au sein du champ mental.
Où sont mentionnées les cinq vrittis ?
Les cinq vrittis sont mentionnés dans les Yoga Sutras de Patanjali, en particulier dans les Yoga Sutras 1.5 et 1.6.
Qu'est-ce que Pramana ?
Pramana signifie connaissance correcte ou compréhension valable. Elle provient de la perception directe, du raisonnement et de témoignages fiables.
Qu'est-ce que Viparyaya ?
Viparyaya signifie connaissance erronée ou perception erronée. C'est lorsque l'esprit perçoit quelque chose de faux et le croit vrai.
Qu'est-ce que le Vikalpa ?
Vikalpa signifie imagination, conceptualisation ou construction mentale. C'est une connaissance fondée sur des mots ou des idées sans correspondance avec la réalité.
Pourquoi Nidra est-elle considérée comme une vritti ?
Le Nidra, ou sommeil, est considéré comme un vritti car il s'agit toujours d'un état de l'esprit et laisse une impression dont on peut se souvenir par la suite.
Qu'est-ce que la Smriti ?
Smriti signifie mémoire. C'est la conservation et le rappel des expériences passées. La mémoire peut être utile, mais elle peut aussi nous enchaîner lorsque nous nous identifions au passé.
Toutes les vrittis sont-elles mauvaises ?
Non. Certaines vrittis sont utiles et non douloureuses. Le problème n'est pas l'existence des vrittis, mais l'identification à elles et le fait d'être contrôlé par elles.
Comment le yoga peut-il apaiser les vrittis ?
Le yoga apaise les vrittis grâce à une pratique régulière, au détachement, aux asanas, au pranayama, à la méditation, à une vie éthique, à l'étude de soi et à la conscience.
Quel est le lien entre vrittis et Chitta Vritti Nirodha ?
Chitta Vritti Nirodha signifie la maîtrise ou l'apaisement des fluctuations de l'esprit. Les cinq vrittis expliquent en quoi consistent ces fluctuations.